Le passif est-il équivalent au BBC ?

Le passif et le BBC correspondent tous deux à des démarches basse consommation, mais qui répondent à des objectifs qualitatifs différents. D'une manière générale, le passif vise à limiter le recours au chauffage sur une période inférieure à 15 jours par an, avec des appareillages de très faible puissance. Dans le sud de la france, construire passif signifie également un inconfort estival inférieur à 10% du temps au dessus de 25°C (sur la base de moyennes saisonnières).
Donc le passif est dans ses caractéristiques intrinsèques très différent du BBC.
La confusion souvent faite est de ramener l'exigence du BBC (en moyenne 50kwhep/m².an pour les 5 usages Ch-Clim-Ecs-Aux-Ecl) à celle du passif (15 kwheu/m².an pour le CH seul), en se disant "bon c'est quand même assez proche". Le problème de la comparaison est celle de la méthode. Ce n'est tout simplement pas comparable : les surfaces considérées sont différentes, les logiciels et méthodes de calcul assez éloignées, les températures de référence, données météorologiques ne suivent pas la même logique.

Si l'on veut une base de comparaison, on peut se baser la dessus :

La basse énergie correspond à une division par 3 des consommations énergétiques par rapport à un bâtiment neuf actuel.
Le passif correspond à une division par 5 des consommations énergétiques par rapport à un bâtiment neuf actuel, et une division par 2 des consommations énergétiques par rapport à une construction basse énergie.
A cette base généraliste, il faut tenir compte du facteur climatique français. Une maison passive construite dans le sud de la france consommerait 3.6 fois moins d'énergie qu'une maison neuve actuelle (au lieu de 5 fois dans le nord de la France).

 

Construire passif est-il rentable financièrement ?

Il est compliqué de se prononçer d'une manière générale, puisque cela est très variable selon la typologie du bâtiment. C'est généralement assez rentable en tertiaire, moyennement rentable en collectif, et peu rentable en maison individuelle.
Cela ne signifie pas qu'il ne faut pas construire de maisons passives, mais que les économies générées par la transition BBC-passif ne doivent pas être sans rapport avec le surcoût de construction du bâtiment.

Pour comprendre, prenons un exemple :

Une maison basse consommation équipée d'une chaudière gaz naturel avec un plancher chauffant pour le chauffage et l'appoint eau chaude avec des capteurs solaires pour l'eau chaude, une vmc simple flux hygro, et d'un autre côté une maison passive chauffée par un système multi énergie couplé à du solaire.

maison de 110m² shab

Projet passif
Système multi énergie

Projet BBC
Chaudière gaz / VMC SF hygro

Investissement

Choix système

Investissement TTC

Choix système

Investissement TTC

Chauffage

Idem ECS

500 €*

Chaudière à condensation + PC hydraulique

11900 €

ECS

Système multi énergie + capteurs solaires

16744 €

Capteurs solaires

7176 €

Ventilation

Idem ECS

0 €

Simple flux Hygro A

1076 €

Subventions

CI

-4000 €

CI

-2500 €

 

 

13244 €

 

17653 €


* Correspond à l'isolation thermique des conduits d'insufflation, non nécessaire si pas de chauffage via la ventilation.

En matière d'investissement, la maison passive présente un coût d'investissement moindre sur les systèmes qu'une maison BBC (c'est impératif si l'on cherche un retour sur investissement).

RSI investissement cas1

maison de 110m² shab

Projet passif
Système multi énergie

Projet BBC
Chaudière gaz condensation/ VMC SF hygro

Fonctionnement

Choix système

Fonctionnement € TTC/an

Choix système

Fonctionnement € TTC/an

Chauffage

Idem ECS

69 €

Chaudière à condensation

397 €

ECS

Système multi énergie + capteurs solaires

70 €

Solaire + Idem chauffage

136 €

Auxiliaires

Idem ECS

52 €

Simple flux Hygro A

28 €

Entretien et maintenance

 

130 €

 

140 €

Abonnements

 

77 €

 

232 €


En fonctionnement, la solution passive cherche à optimiser tous les postes de consommation. Sur l'exemple pris en compte, on arrive à moins de 5 euros/m² pour tous les usages, y compris l'électroménager, c'est très bas.

En tenant compte d'une augmentation du gaz de 3.5% par an, et de l'électricité de 2.5% par an, nous obtenons cette courbe ci. Cela signifie, si l'on intègre l'investissement système de départ et tous les coûts décrits dans le tableau plus haut, au bout de 20 ans, nous avons une différence de 18000 euros entre les deux solutions.

RSI

Cela veut dire que si l'on veut que sa construction passive soit "rentable" au bout de 20 ans, le surcoût spécifique lié à l'enveloppe ne doit pas être supérieur à cette somme la.

La encore, attention à ne pas attribuer plus aux comparaisons de prix que ce qu'elles signifient. Comparer une maison BBC en parpaing+doublage intérieur avec une maison passive en ossature bois et isolation écologique revient à faire un biais qui est l'association du surcoût du projet passif aux performances énergétiques alors que se lie à cela les surcoûts liés à la technique et aux matériaux employés.
Par ailleurs, il existe encore un surcoût conjoncturel lié à l'aspect "expérimental" de la construction passive, qui fait que par exemple, les lots ayant en charge l'étanchéité à l'air passive peuvent être surchiffrés par effet d'inexpérience, de crainte sur l'objectif mesuré, pour par simple effet d'aubaine.

Pour aller plus loin sur ce sujet, voir dossier Le coût de la construction écologique

 

A quelles aides peut prétendre un projet passif ?

En 2010, pour prétendre obtenir les crédits d'impôts sur les intérêts d'emprunts offerts à tout projet répondant à une certification BBC, il fallait justement ... obtenir cette certification BBC, via le label EFFINERGIE.
La certification MAISON PASSIVE se heurte à de nombreux freins, qui sont pour la plupart liés à la rédaction du décret qui définit ce qu'est la basse consommation. Que l'on peut résumer à : Utilisation du moteur de calcul RT 2005 et validation des critères du BBC (les 50 kwh), et l'obligation de recourir à un certificateur validé par la COFRAC, et qui propose un cahier des charges validant la qualité de la construction (entre autre).
Ce qui sur le terrain se traduit par :
- Difficultés pour répondre à la RT 2005 sur certains garde fous, mal rédigés au départ et qui ne valident pas les modes de chauffage via la ventilation.
- Difficultés pour répondre aux cahiers des charges des certificateurs, imposant des listes de matériels.

En 2011, la modification des aides définie par la loi de finances supprime le crédit d'impôt et le remplace par un éco prêt à taux zero renforcé sous conditions de ressources (attribuée plutôt au primo accédant), mais renvoie toujours à l'idée d'une justification BBC pour l'obtention des aides. Toutefois, une partie des difficultés liée décrites plus haut sont en train de trouver une solution (cela deviendra de moins en moins un chemin de croix pour valider BBC un projet passif).

 

En france, il y a beaucoup de maisons passives non certifiées, pourquoi ?

Partout en Europe, le nombre de projets certifiés est de l'ordre de 10% des projets estimés. Spécifiquement pour la France, ou c'est bien plus faible encore, cela tient à plusieurs élements :
- La certification par l'association francaise n'est opérationnelle que depuis 1 an et demie. Avant cela, il fallait faire certifier directement par l'institut passivhaus en Allemagne.
- La certification n'est pas récompensée par une aide quelconque (pour s'en convaincre, il suffit de voir le décollage de Effinergie lié à la mise en place des crédits d'impôts).
- Les bâtiments annoncés "passifs" ne le sont pas en réalité, c'est à dire qu'ils ne répondent pas au référentiel passif, qui nécessite un calcul thermique sur le logiciel PHPP pour valider les garde fous, un test d'étanchéité à l'air à la réception, validant un niveau de fuites extrêmement faible.
- Une bonne partie des projets passifs sont issus d'appels à projets régionaux, notamment en Bourgogne, qui proposent une méthodologie basée sur des méthodes et objectifs différents du référentiel passif. Nous en avions parlé ici.

 

Peut on avoir une certification passive avec des produits non certifiés ? Si non, à quoi sert la certification des produits à part l'assurance d'une bonne qualité ?

Un sujet très complexe...
Nous l'avons traité dernièrement sur le dossier ventilation double flux, les écarts de rendements entre les produits certifiés selon la NF EN 13141-7 et le certificat passif sont importants. Les certifications de produits ont d'abord eu pour objectif de faire correspondre les performances réelles des systèmes avec l'objectif de résultat sur la performance d'enveloppe.
Utiliser des produits certifiés, c'est donc se simplifier la vie et éviter d'avoir à recourir à des produits en espérant que ceux ci fonctionneront.
Ce n'est pas impératif, simplement, un produit non certifié passif voit ses performances annoncées dégradées. Le référentiel fixe simplement un objectif de résultats, pas de moyens, car on sait qu'ils seront variables selon le climat sur lequel le projet est envisagé.

Pour un fabricant, un certificat passif est un gage de son implication dans le passif et de la qualité de ses produits. Le developpement de produits certifiés est comme pour tout lié au nombre de projets passifs réalisés qui va déterminer s'il est pertinent ou pas de se lancer dans le processus de certification.
Par exemple sur les fenêtres, aujourd'hui dans certains pays le triple vitrage tend à devenir la règle et supplanter le double vitrage en terme de production. En france, cela reste un marché de niche. L'implication des industriels est aussi lié à ce paramètre.


Voir également : 10 questions sur la construction passive partie 2