Équilibre des énergies, qui est-ce ?


L'association se présente dans son dossier de presse ainsi :

Pour un juste équilibre entre maîtrise des énergies, maîtrise des coûts et protection de l’environnement

Venus d’horizons divers, les membres de l’association « Équilibre des énergies », préoccupés des évolutions récentes du contexte énergétique et des incertitudes qui l’affectent, ont décidé de mener ensemble des travaux approfondis sur l’utilisation rationnelle des énergies dans le bâtiment à usage résidentiel et tertiaire qu’il s’agisse de construction neuve ou de rénovation des bâtiments existants.

Parce que ce sont des praticiens au contact des réalités économiques et sociales sur le terrain, ils considèrent que la maîtrise des énergies doit être d’abord au service des ménages et des professionnels qui utilisent ces bâtiments. Au delà des considérations de commodité et de qualité de vie, ils attachent donc une attention toute particulière aux coûts d’accès à l’énergie : coût d’investissement, charges d’exploitation, facture énergétique.

Parce qu’ils sont convaincus que la maîtrise du changement climatique sera le défi majeur de ce siècle, ils s’inscrivent avec détermination dans la logique du Grenelle de l’environnement qui a fait de la réduction des émissions de gaz à effet de serre son objectif prioritaire. Mais, là encore, parce que les capacités de financement du consommateur ou du contribuable sont fortement limitées, l’optimisation de leur utilisation revêt une importance cruciale.

C’est au regard de ces préoccupations qu’on été évaluées différentes solutions de mise en œuvre des énergies pour le chauffage et le chauffage de l’eau, à la fois pour la construction neuve de demain (qualité du bâti conforme à la réglementation thermique 2012) et pour des bâtiments conformes à la réglementation thermique 2005.

Source - Équilibre des énergies : Edito du président

L'association, financée par les acteurs du chauffage électrique, en premier lieu EDF, reformule et met en scène les revendications qui précédemment étaient défendues par ses adhérents individuellement. On retrouve notamment le GIFAM, qui a déposé en janvier un recours en annulation de la RT 2012, Promotelec et Atlantic, épinglés fin 2009 par l'OPECST pour leurs actions de lobbying, différentes associations de pavillonneurs qui clament depuis un moment le fait que la transition RT2005 /RT2012 renchérit considérablement les couts de construction, des associations de consommateurs et une associations fédérant des organismes Hlm.

Au niveau des idées véhiculées par Équilibre des énergies, une se détache largement : l'énergie primaire. L'association ne comprend pas, notamment :

[...] la RT2012 est incomplète en l’état en raison d’un manque d’observation de tous les articles de la loi Grenelle 2 qui proposent, entre autres, de moduler l’énergie primaire avec le dégagement de CO², comme pour le bois ou pour les réseaux de chaleur! [...]

Et l'électricité pour se chauffer n'en fait pas partie ! Sapristi...
Le concept d'énergie primaire pénalise également les logements chauffés à l'électricité dans les DPE, ce qui parait paradoxal à l'association :

les coefficients attribués à ce jour pour le calcul de l’énergie primaire consommée par les usagers vont dévaloriser le patrimoine de nombreux français qui n’ont jamais violé les lois précédentes.

Ce diagnostic [graphique 6] obligatoire lors de la cession d’un bien immobilier, pénalise, ce qui est normal, tous les logements construits selon des normes antérieures moins contraignantes. Mais, reposant sur la consommation d’énergie exprimée en énergie primaire, il pénalise beaucoup plus lourdement, les logements chauffés à l’électricité que des logements similaires chauffés au gaz construits à la même époque.

Pourtant ces logements électriques sont mieux isolés, présentent, aux conditions économiques actuelles, un coût d’utilisation (charges d’entretien+ abonnement(s)+ coût de(s) énergie(s) ) tout-à-fait comparable, voir inférieur à celui d’un logement chauffé au gaz construit à la même période et, de surcroît, leurs émissions de CO2 sont moindres. Qui pourra convaincre le propriétaire d’un tel logement que cette surpénalisation et la dépréciation de son bien immobilier qui peut en résulter sont justes parce qu’il consomme davantage « d’énergie primaire », concept qui lui est absolument étranger ?

Ce qui est particulièrement interessant dans l'argumentaire déployé, c'est que finalement, ce n'est pas parce que la filière souhaite continuer à équiper massivement les nouvelles constructions de chauffages électriques de base qu'il faut modifier la loi, c'est parce que les consommateurs le demandent, et parce que le chauffage électrique est une réponse pertinente pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Par ailleurs, le lecteur attentif notera cette dépréciation du concept d'énergie primaire, concept "étranger", que le "propriétaire" ne comprend pas. Ce qui devrait, par ce simple fait, le rendre suranné.

Une question préalable est posée. L'association Promotelec doit se trouver dans une situation vraiment "schizophréne". Car cette RT 2012 mise en cause n'est pas très différente dans son principe du label BBC effinergie. Donc si ils adhérent au discours véhiculé par équilibre des énergies et ils contestent en bloc cette RT 2012/BBC, pourquoi participent-ils au label BBC comme certificateur pour la maison individuelle ?

une argumentation de choc


Pour étayer leur argumentation, et parce que l'association est sérieuse, elle est dotée d'un Comité scientifique, économique, environnemental et social (avec la majuscule s'il vous plait). Constitué d'experts des membres de l'association et de personnalités extérieures, il permet de:

  • garantir la qualité et l’impartialité des analyses et prises de position de l’association,
  • élaborer une vision prospective partagée par les membres de l’association mettant en particulier l’accent sur l’apport des solutions innovantes à moyen et long terme.

Qualité et impartialité, c'est important pour la suite.

En gros titre, nous retrouvons :

Quand la RT2012 interdit la mise en œuvre de solutions innovantes moins chères en investissement, moins coûteuses pour l’usager et moins émettrices de CO2

Interdiction ? Les membres de l'association ont ils lu les présentations de la RT 2012 ? Celles qui présentent le chauffage électrique comme l'une des solutions phare, notament. Prétendre à son interdiction est un mensonge.

equilibre cstb

Sur le deuxième aspect, le moindre cout en € pour l'usager, et le cout co2, Equilibre des énergies nous propose un tableau très révélateur :

tableau comparo

Source : dossier de presse

La solution « panneaux rayonnants + chauffe-eau thermodynamique» est pour un coût d’investissement un peu supérieur à la solution « chaudière gaz double service » mais inférieur à la solution « gaz + chauffe-eau solaire » nettement meilleure en coût d’exploitation et en émissions de CO2 que les deux solutions gaz. Il s’agit donc d’une très bonne solution pour le consommateur et, pourtant, elle ne satisfait pas au critère de consommation par m2 en énergie primaire !

Source : dossier de presse

Et là, on tique.
Le chauffage électrique présente des émissions co2 2 fois plus faibles que le chauffage gaz ?
Le chauffage électrique standard présente des couts de fonctionnement incroyablement faibles, largement inférieurs aux pompes à chaleur ? (L'association AFPAC qui adhère à Equilibre des énergies serait donc d'accord avec cette analyse ?)

Même si les informations du document sont partielles, nous avons refaits les calculs rapidement. Et force est de constater que nos résultats sont légèrement différents.

Si on se base sur l'exemple chaudière gaz double service, on peut présumer que le besoin de chauffage est de 1700 kWh/an, le besoin d'eau chaude de 1200 kWh/an ). Si la shab est de 61 m², considérons que cela donne une shon RT de 75 m² (cela donne un Cep proche de 52). Considérons évidement que tous les projets comparés ont le même besoin énergétique, et regardons les résultats obtenus selon le mix énergétique retenu.

Systèmes énergétiques

Cep 5 usages Bilan Co2
5 usages

cout d'exploitation
+ abonnements

Électricité ch+ecs

116.89
7.52

6.11

Électricité ch+ecs themodynamique

90.36
7.08

5.23

Chaudière gaz condens
ch+ecs

54
9.79

5.23

Chaudière gaz condens
ch+ecs solaire

43.83
7.41

4.49

PAC air / eau
ch +ecs

51.27
2.91

3.52


Pour les couts de fonctionnement, j'ai considéré un abonnement HP/HC pour les deux premières solutions, les valeurs Ep considérées sont celles utilisées dans les DPE, les valeurs Co2 étant issues des données objectives les plus récentes.

Comparons en détail les résultats.

 

Systèmes énergétiques

Cep 5 usages
kWhep

Bilan Co2
5 usages
kg Co2

cout d'exploitation
+ abonnements

Calcul fiabitat

Chaudière gaz condens
ch+ecs

54 kWhep/m².an
4050 kWhep/an

9.79


5.23
392 euros / an

Calcul Equilibre

Chaudière gaz condens
ch+ecs

50.7 kWhep/m².an
3802 kWhep/an

10.6

9.6
720 euros / an

 

En détail, cela donne :

Il semble que l'étude Equilibre ait nettement majoré les coûts de fonctionnement du chauffage gaz. Comment est-il possible que le bilan atteigne 720 euros comme le suggère Equilibre ? Même en considérant en plus des frais d'entretien, il semble que l'étude pénalise nettement les trois dernières solutions, tout en favorisant les deux premières utilisant l'électricité.

Comparons en détail les résultats du chauffage électrique.

 

Systèmes énergétiques

Cep 5 usages
kWhep

Bilan Co2
5 usages
kg Co2

cout d'exploitation
+ abonnements

Calcul fiabitat

Électricité ch+ecs

116 kWhep/m².an
8767 kWhep/an

7.52


6.60
495 euros / an

Calcul Equilibre

Électricité ch+ecs

97.9 kWhep/m².an
7342 kWhep/an

4.1

3.9
292.5 euros / an

 

conclusion : coûts de fonctionnement largement minorés, bilan co2 quasiment divisé par 2.

En détail, cela donne :

Le plus interessant est de comparer l'ensemble des résultats, ce qui permet de prendre la mesure du problème posé :

Pour la valeur Cep, nous obtenons des résultats proches. Rien à dire.

bilan ep

Pour la comparaison du bilan Co2, le chauffage électrique semble minoré d'un facteur 2, et les autres solutions sont légèrement majorées. On voit en fait nettement apparaitre que les différences entre chauffage électrique et chauffage au gaz sont faibles, du fait que le chauffage électrique est très émetteur de co2. La différence se fait sur la production d'eau chaude.

Cette troisième comparaison est la plus parlante. Les solutions chauffage électrique sont minorées d'un facteur 2, et les solutions autres sont majorées d'un facteur 2. Belle objectivité, non ?
Il faut préciser qu'au delà de l'exemple, plus le logement est grand et plus les écarts se creusent en faveur des trois dernières solutions (les écarts sont ici surtout faibles parce que les consommations considérées sont faibles).

bilan euro

Concluons

Il y a fort à parier que cette analyse de Equilibre soit la première d'une longue série car l'enjeu est de taille pour les industriels, fabricants de chauffage électrique, et EDF, vendeur d'électricité. Il semble également que toutes les influences discrètes pendant le vote de la loi ayant été épuisées, le débat soit désormais à la fois porté sur la place publique, et sur les recours visant à l'annulation du texte et à la modification en leur faveur.

Cette étude pose le problème de l'objectivité des hypothèses de calcul, et de l'exploitation de ses résultats comme élément d'un débat public voulu par l'association. En l'occurence, il existe dans ce tableau de telles différences, sur les coûts de fonctionnement considérés, sur les rejets co2 attribués à la solution gaz que l'on en vient à suspecter soit l'erreur "accidentelle" mais grossière, soit la manipulation, ce qui est encore plus problématique pour la respectabilité de la démarche.

Sur le fond, notons en premier lieu que le DPE donne à la fois pour indicateur la valeur en énergie primaire et les rejets co2. Il n'y a pas qu'un indicateur mis à la disposition du consommateur.

L'argument que l'énergie primaire n'est pas l'unique indicateur objectif pour mesurer la performance d'un bâtiment est pertinent, c'est également ce que nous disons depuis plusieurs années sur le blog (pistes pour améliorer la démarche BBC), mais l'analyse partiale qui est développée ici est biaisée puisque interessée. Rappellons le propos de l'OPECST sur ce point : moduler serait travestir la réalité. Il apparait plutot nécessaire d'ajouter comme le proposait les parlementaires un second garde fou sur les émissions de gaz à effet de serre que d'introduire de nouvelles modulations pour de mauvaises raisons (le chauffage électrique n'est pas bon marché à l'usage, et a un impact environnemental qui ne justifie en aucun cas de l'avantager, circoncire son usage aux bâtiments très performants est donc normal, et en aucun cas discriminatoire).

Le concept d'énergie primaire doit lui évoluer, pour se rapprocher de l'énergie primaire non renouvelable et être associée à d'autres critères, comme la performance de l'enveloppe, les coûts de fonctionnement et les émissions de gaz à effet de serre, dans l'idée ou le bâtiment durable se doit d'être bon sur l'ensemble de ces thématiques. Mais toute "bidouille" se basant sur l'idée de ne pas favoriser un mode de production est une impasse.