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LA CONSTRUCTION ECOLOGIQUE, POURQUOI, COMMENT ?



echarpeVoici le texte de l'intervention de Fiabitat Concept lors de diverses conférences et publications dont le thème pourrait être « la construction écologique : pourquoi ? comment ? ». Il est ici livré dans une version rédigée, allongée et illustrée.

 


1- La maison conventionnelle :

Tout le monde sait ce qu'est une maison. Ou croit le savoir... Nous avons tous en tête à l’évocation du mot « maison » l’image du pavillon traditionnel, avec sa toiture à deux pans et sa cheminée.

Si on prolonge la recherche on voit que tout le monde connaît la laine de verre, le parpaing, la dalle en béton armé, les fausses briques pour faire joli, et les fenêtres carrées en PVC. La maison traditionnelle c’est ça. Et pourtant, une tradition c’est « un ensemble de connaissances transmises de génération en génération ». Pour cette fois-ci, l’ensemble des connaissances ancestrales a été créé de toute pièce suite à une grande et belle étude de marché, à la fin des années soixante. A cette époque, la fébrilité de reconstruction après-guerre touchait à sa fin et les grands groupes de producteurs de béton ont senti que la population ne se contenterait plus des casiers en béton qu’on lui fournissait par gros paquets cubiques. Ces groupes ont fini par déterminer que les gens voulaient une maison individuelle, et que l’imaginaire collectif tendait vers des constructions d’allure très rustique, loin des essais architecturaux modernes et contemporains. Ils ont donc conçu de toute pièce un pavillon à construire avec leurs matériaux, lui ont donné une allure simple et l’on appelé « traditionnel ». C’est probablement la tradition la plus rapide à voir le jour qui ai jamais existé et accessoirement, un coup de maître commercial.

Ces grands groupes industriels ont donc pu donner à tous leurs nouveaux produits la légitimité qui leur manquait : utilisez le parpaing et le béton armé puisque c’est traditionnel. Ces nouveaux matériaux qui n’avaient pas 10 ans d’existence et sur lesquels nous n’avions aucun recul sont devenus omniprésents et même, ne pas les utiliser était une pensée inconcevable. Ainsi, en l’espace de 15 ans, plus de 2 000 ans de traditions (vraies celles-là) et de savoirs de constructeurs ont été éradiqués. Nous abandonnerons donc l’usurpation du terme « traditionnel » et parlerons plutôt de construction « conventionnelle ».

Un système porteur non traditionnel

Il faut bien se rendre compte que même si l'allure globale d'une maison conventionnelle moderne ressemble à la maison typique paysanne française en pierre, elle en est en fait très éloignée à tous points de vue. Déjà au niveau de la structure porteuse : la maison traditionnelle en pierre ne contient pas d'armatures métalliques, les murs tiennent grâce à leur poids et les hauts pignons sont tenus par la charpente en bois (on constate d'ailleurs aisément combien la ruine de ce genre de bâtiment est rapide une fois que la toiture fuit et que la charpente s'abîme). Dans la version conventionnelle, le mur de parpaing n'est pas capable de porter la maison, on lui adjoint donc un chaînage en acier noyé dans du béton. Cette ossature en béton armé fait tout le tour du plancher de chaque étage et est relié verticalement par des poteaux béton armé présents à chaque angle de la maison. Seuls, les parpaings ne tiendraient pas. Seul, le chaînage en béton armé ne tiendrait pas non plus, il s'agit en somme d'un système bâtard entre les ouvrages-poids (églises, ponts en pierre, maisons traditionnelles en pierre) et les ouvrages à ossature (maisons traditionnelles à colombages, ouvrage métalliques type pont/tour Eiffel, poteaux-poutre en bois des gymnases). Pourtant, chacun de ces deux systèmes possède une solidité exemplaire et différents avantages et inconvénients : les ouvrages-poids sont très longs à construire mais sont très durables alors que les ouvrages à ossature sont rapide à construire, très légers, mais demandent un entretien soutenu. L'hybride en parpaing de béton n'a aucun de ces avantages, mais cumule tous les inconvénients : il est long à construire, mais n'est pas durable, ne peut pas être entretenu convenablement, est lourd mais très fragile. Pourtant, dans l'imaginaire collectif français, les parpaings de béton n'ont fait que remplacer les moellons de pierre et les constructions suivent le même principe mais en plus moderne, en « mieux » ...

Alors que c'est exactement l'inverse. Cette perception faussée est elle aussi une résultante de la volonté d'un petit nombre à imposer comme modèle une technique qui n'avait aucune légitimité.

Comment ceci a-t-il pu se produire ?
C'est le résultat de plusieurs phénomènes dont le premier est la guerre de 14-18. Dans les tranchées sont morts un très grand nombre des hommes de l'art, artisans et ouvriers, et tout particulièrement tous ceux qui connaissaient le bois : les charpentiers ont construit les soutènements des tranchées. A la fin de cette guerre, il fallait reconstruire, vite, alors que tous les hommes compétents avaient disparu. C'est à ce moment que le béton et la maçonnerie commencent à prendre plus de place dans la construction, alors que jusqu'à cette époque les maisons étaient majoritairement en bois. Ensuite vint la seconde guerre mondiale, de nouveau le besoin de tout reconstruire reparut mais cette fois-ci avec en plus une foi naïve et quasi-religieuse en la perfection du progrès de la technologie. Et ce fut l'avènement du tout-béton, puis du tout-parpaing de béton cité plus haut.

 

L'isolation source de paradoxes et de problèmes

Peu de temps après son apparition, la maison conventionnelle a vécu ses premiers moments difficiles : c’est la crise pétrolière, et les occidentaux s’aperçoivent que non, on ne peut pas gaspiller éternellement l’énergie. Il devient nécessaire d’isoler les maisons.

Encore une fois, la supercherie commerciale a visé juste, et les matériaux qui sont venus en sauveurs sont les laines minérales (de verre ou de roche) et le polystyrène : des matériaux nouveaux et donc forcément géniaux. Malheureusement, on s’est aperçu assez rapidement en mettant de l’isolation partout à tort et à travers que cela provoquait de graves problèmes d’humidité dans les murs. Ces problèmes sont inhérents à la fonction même de l’isolant, pourtant les laines minérales perdent tout pouvoir isolant en présence d’humidité...

Il a donc fallu les protéger avec des films étanches, les fameux « pare-vapeurs ». Parallèlement, on a renforcé l’étanchéité des fenêtres et portes qui ont commencé à laisser passer de moins en moins d’air. Mais l’humidité n’a pas été éliminée, elle a juste été déplacée : au lieu de se former dans les murs, la vapeur d’eau se condense sur les murs (et les papier peints...) et les maisons se sont remplies de moisissures.

Pour chasser enfin cette vapeur d’eau, on a rajouté des systèmes de ventilation mécanique contrôlée (VMC), la ventilation naturelle n’ayant plus lieu suite au calfeutrage des baies. Mais... chasser l’air vicié de l’intérieur entraîne sa chaleur avec lui. Et tout le bénéfice escompté par l’isolation se retrouve perdu puisque toutes les calories du chauffage sont dispersées à l’extérieur ! On a donc inventé des systèmes perfectionnés à échangeurs de chaleur, pour que la chaleur sortante réchauffe l’air froid entrant. Par ailleurs, il a fallu adjoindre des systèmes de climatisation pour l’été car la chaleur cette fois-ci excédentaire ne peut pas sortir non plus...

Voilà où nous en sommes actuellement : les maisons dites traditionnelles ne fonctionnent que grâce à une machinerie complexe dont on ne s’aperçoit généralement du rôle que quand elle tombe en panne, ce qui finit toujours par arriver, une fois que l’entreprise qui a produit la machine a fait faillite de préférence. Cette stratégie de l’isolation a amené des économies d’énergie, certes, mais elle a aussi amené tout un cortège d’effets secondaires très désagréables :

  • L’inconfort thermique :
    comme l’isolant est à l’intérieur de la pièce, seul l’air de la pièce est chauffé, ce qui fait que, en été ou en hiver, le moindre apport supplémentaire et c’est la surchauffe ! Un rayon de soleil qui passe dans la pièce en hiver et nous voilà obligés d’ouvrir les fenêtres... en été c’est l’inverse : la maison reste fraîche mais seulement tant que personne n’entre ou sort, car le simple fait d’ouvrir la porte fait entrer de la chaleur qui ne peut plus ressortir et c’est, là encore, la surchauffe.
  • Une qualité de l’air déplorable :
    le fait que l’air soit mis en circulation artificiellement provoque le brassage de toutes sortes de poussières, particules, bactéries et autres qui provoquent diverses affections respiratoires comme l'asthme par exemple (1 personne sur 5 est asthmatique dans les pays développés).

 

Ce petit exposé ne vise qu’à montrer l’absurdité de la démarche, mais il se faut pas oublier tous les gens qui sont morts de ces choix : à cause de l’amiante, des canalisations en plomb, des infections de légionnelle, et pour les professionnels des utilisations de produits de traitement des bois et des solvants de peintures. Il ne faut pas croire que ces scandales seront les derniers : ils ne sont que les précurseurs d’une très longue liste, parce que tous les éléments qui composent nos maisons sont des éléments qui n’ont pas été testés et vérifiés avant, et tous, ils présentent des degrés de nocivités divers.

 

La maison conventionnelle est toxique

La maison conventionnelle n’est pas construite en orientant les fenêtres par rapport à la course du soleil. Elle peut être construite au beau milieu d’une zone innondable. Elle est forcément en maçonnerie lourde même si le terrain est instable. On détruit la végétation qui se trouvait sur la parcelle avant la construction pour la remplacer par des variétés sélectionnées pour leur beauté, exotiques de préférence. Elle coûte toujours beaucoup plus cher à réparer qu’à détruire puis reconstruire, c’est une maison jetable en somme. Elle est construite exclusivement avec des matériaux si dangereux que les ouvriers doivent s’en protéger. Elle est remplie de produits qui ont été étudiés et conçus pour tuer des êtres vivants et qui sont sciemment placés là pour ça (nda : « être vivant » ne signifie pas seulement « être humain »). Enfin, elle a toujours cette si caractéristique « bonne odeur de neuf ! »...

Si la lecture de certaines de ces phrases ou même du paragraphe ne vous choque pas, mesurez combien a été pervertie l’image de notre habitat par la société moderne. Toutes ces phrases ne sont que l’expression de la plus détestable stupidité des Hommes, jusqu'à la dernière : l’odeur de neuf est entièrement et exclusivement formée par des composés toxiques, mortels, que n’importe quel être humain devrait instinctivement sentir comme le signal d’alarme d’un danger absolu. Nous avons poursuivi notre chemin tellement loin dans l’aberration que construire nos propres lieux de vie avec des déchets toxiques nous paraît normal. Et parler de déchet toxique n'est pas un abus de langage : des pots de peintures bien rangés et emballés sur une palette sont « des matières premières de construction », les mêmes pots en vrac dans un champ sont « des déchets toxiques ».

Voilà pourquoi la maison conventionnelle est dans l’erreur la plus complète, au lieu de repenser totalement la manière de concevoir le bâti, on a ajouté et rajouté années après années des systèmes. La maison conventionnelle est trop complexe, elle n’est pas efficace, et elle n’est pas logique. Ce choix a amené dans nos maisons une quantité effarante de polluants : des solvants, des produits toxiques solides, de la radioactivité, des radiations électromagnétiques de toutes sortes, et des micro-organismes comme la bactérie de la légionnelle ou encore la multiplication des acariens. Et ces polluants s’accumulent parce qu’on ne s’en préoccupe pas, ce qui fait que la plupart du temps maintenant, l’air que les gens respirent chez eux est plus pollué que celui qu’ils respirent dehors. Et ce n’est pas peu dire. La liste de ces polluants et l’inventaire de ses effets serait un sujet de conférence à lui seul... Sachez juste qu’il n’y a pas que le stress du travail qui rend les gens malades : la pollution qui les agresse chez eux, pendant leur sommeil, y joue un grand rôle.

 

 

2- La maison écologique :

Voyons maintenant comment on peut construire autrement, et comment peut-on construire autre chose que des caricatures d'habitat. Je tiens tout d’abord à préciser que la construction écologique n’est ni un retour en arrière, ni un avatar de plus du Progrès. C’est une réunion heureuse du bon sens et de l’expérience ancestrale avec les découvertes scientifiques modernes et les technologies qui en découlent. La construction écologique est en fait bien plus traditionnelle que l'autre, en effet, au contraire de la stratégie conventionnelle, nous avons choisi de ne pas nier l’existence de l’environnement. Et nous avons aussi choisi de ne pas oublier l’expérience acquise au fil des siècles comme si, fruit d’ancêtres incultes, elle ne valait rien.
La construction conventionnelle a décidé arbitrairement que tout ce que faisaient nos ancêtres était idiot et que seule la technologie moderne était valable. Mais tout le monde n’a heureusement pas eu cette prétention. Car ces ancêtres incultes avait inventé bien avant nous l’isolation thermique des maisons, l’isolation acoustique, l’utilisation rationnelle des apports solaires etc. Les premiers constructeurs écologiques ont été nos ancêtres qui ont bâti leurs habitations avec des matériaux locaux, de grande disponibilité et inoffensifs pour la santé humaine. Ils ont généralement orienté leurs habitations en fonction du site, de ses vents et de son exposition au soleil.
Cette évidence est le point de départ d’une construction environnementale et les anciens étaient contraints de la respecter : l’orientation parce que le chauffage était inexistant ou très cher, les matériaux choisis pour leur proximité parce qu’il était impossible de les transporter sur de longues distances.

Bien sûr il existe des exceptions : de tous temps les rois ont construit des palais à grands frais avec des matières exotiques... Mais on ne peut pas vraiment dire que ce comportement est un bon exemple à suivre, n’est ce pas ?

 

La recherche de l'harmonie

Une maison écologique va donc commencer par étudier le site où elle se construira, vérifier qu’il est adapté (et éviter du coup des déboires futurs : inondations, fissures...). La forme du bâtiment et la position de ses portes et fenêtres ne seront pas décidées sur un coup de tête ou par caprice esthétique mais par rapport au lieu (évitant des baies vitrées au nord, des portes d’entrée sur le chemin des vents dominants et de nombreuses sources identiques d’inconfort). Ainsi chacune de ces maisons sera unique et différente de sa voisine. Un quartier écologique gardera pourtant une plus grande unité de style que les lotissements modernes, non pas parce que chaque maison sera identique à part une lucarne ou une couleur de crépi, mais parce que chacune répondra à des impératifs similaires.

Observez un vieux bourg moyenâgeux : prises séparément, toutes les maisons sont complètement différentes dans leurs formes, disposition et aménagement, pourtant, le bourg en entier respire l’harmonie. Alors même que cette harmonie n’était pas la préoccupation principale des gens qui l’ont construit, songez qu'à cette époque il n'existait pas de réglementations pour préserver l'harmonie du patrimoine et encadrer l'urbanisme. Paradoxalement, depuis que nous avons de tels règlements, l'extension de nos constructions n'a jamais été aussi désordonnée.

Par ailleurs, construire une maison écologique ne consiste pas à remplacer les matériaux conventionnels par des matériaux écologiques ou non-polluants. Ce n’est pas ça du tout, pour construire environnemental il faut changer de démarche et non simplement de matériaux. Nous avons vu plus haut que la maison conventionnelle était basée sur une démarche absurde, mais une construction avec des matériaux écologiques sans réflexion de fond sur la démarche serait encore plus absurde. Si on vous propose une construction dont la seule différence se situe au niveau des matériaux il s’agit d’une arnaque, en outre, cette méthode conduit invariablement à des coûts prohibitifs. Pour finir, construire avec des matériaux écologiques n’a aucun sens si on utilise ensuite pour nettoyer les vitres ou le sol le pire des produits toxiques. Ce n’était pas la peine de réfléchir sur les matériaux pour en arriver à ça...
La grande différence entre les constructions de nos ancêtres et les maisons écologiques modernes vient ensuite : alors qu’ils étaient obligés de garder les ouvertures aussi petites que possible car le verre était cher ou inexistant, nous pouvons actuellement faire de grandes fenêtres qui apporteront lumière et chaleur à l’intérieur de la maison.

 

Une approche bioclimatique

On ne peut dresser ici la liste de tout ce qu’il est possible de faire en utilisant le soleil dans une maison, mais voici quelques points de référence : entre une maison conventionnelle et la même (exactement) orientée par rapport au soleil, les coûts de chauffage sont réduit de 30%. Si, en plus, on modifie la position des fenêtres, le gain monte à 50% (mais il risque d’y avoir des surchauffes en hiver). Si maintenant on construit cette maison en utilisant une technique d’isolation qui garde l’inertie, le gain monte à 66%. En conséquence les coûts de chauffage sont divisés par trois et, contrairement au cas n°2, il n’y a pas de surchauffe, ni estivale, ni hivernale. C’est ce qu’on appelle une maison « bioclimatique » ; pour autant, une telle maison n’est pas forcément écologique. Les premières maisons bioclimatiques étaient isolées avec du polystyrène ou des laines minérales. Quoi qu'il en soit, la puissance du moyen de chauffage n’est pas strictement divisée par trois puisqu’il s’agit de moyenne sur l’année : il ne faut pas comprendre que la chaudière est simplement trois fois plus petite. En pratique cela veut dire que dans une telle maison on n’a besoin d’allumer le chauffage que les quelques jours les plus froids de l’année ; ainsi, un simple poêle ou un insert est souvent suffisant. On n’a plus du tout besoin d’un système de chauffage central... (il est d’ailleurs tout à fait possible de construire des maisons entièrement solaires, mais c’est un cas particulier).

La sensation de chaleur, ou de fraîcheur dépend de 2 choses :

la température de l’air, bien sûr, mais aussi le rayonnement calorifique ambiant. Ainsi, devant un feu de bois vous avez très chaud devant et très froid derrière parce que vous êtes chauffés par les radiations infrarouge qui viennent de la source chaude, le feu. Pourtant la température de l’air est la même d’un côté et de l’autre. Pour avoir une sensation de température agréable il faut que le rayonnement chaud soit uniformément réparti et provienne de toutes les directions. Quelle que soit la température de l'air, une sensation d'inconfort naît si les parois sont à plus de 3°C de moins. La température effectivement ressentie est une résultante de la température de l'air, de celle des parois, de la vitesse de déplacement de l'air et du taux d'humidité. Comme c'est difficile à mesurer, on se contente généralement de la température résultante sèche : c'est la moyenne des températures de l'air et des parois. Ainsi, dans une pièce dont les parois sont à 16°C et l'air est à 20°C, la résultante est de 18°C. Dans une pièce avec des parois à 19°C et l'air à 17°C, la résultante est également de 18°C. Pourtant la sensation de confort sera plus importante car l'écart entre les parois et l'air est plus faible, alors même que l'air est plus froid. De même, si les parois sont très froides, comme 10°C par exemple, pour avoir la même résultante il faudrait porter l'air à 26°C, mais une telle différence est très inconfortable : on sent que l'air est chaud, mais le rayonnement froid des murs passe à travers et peut nous faire frissonner ce qui est particulièrement désagréable.

 

Parlons maintenant d’inertie.

Nous avons vu que la stratégie conventionnelle c’est de chauffer uniquement l’air de la maison et de l’emprisonner ensuite tant bien que mal avec de l’isolant. Mais ce n’est ni efficace, ni logique. Quand arrive l’hiver vous mettez le manteau et l’écharpe sur vous, et non pas à l’intérieur de vous... Pour une maison c’est la même chose, le manteau d’isolant de la maison est plus efficace quand il se trouve à l’extérieur, autour des murs et non pas à l’intérieur, entre les murs et planchers. Un isolant extérieur permet en outre de supprimer tous les ponts thermiques et on ne chauffe plus seulement l’air de la pièce mais aussi et surtout les murs, et c’est là toute la différence, car les murs ont de l’inertie. En effet, il y a un décalage entre le moment où on les chauffe et le moment où il deviennent chauds, et ce décalage fonctionne également quand ils se refroidissent. Un exemple : si vous ouvrez la fenêtre en hiver dans une maison sans inertie, au bout de dix minutes, toute la chaleur sera remplacée par l’air froid et une fois la fenêtre refermée, la pièce restera froide jusqu'à ce que les radiateurs aient re-chauffés tout l’air qu’elle contient. Si cette pièce avait des murs avec inertie, ceux-ci sont à la température de la pièce lorsqu’on ouvre la fenêtre, l’air chaud s’en va, de l’air froid entre, mais comme le mur ne peut pas se refroidir en 10 minutes, il reste chaud. Dès que la fenêtre est refermée, la pièce retrouve sa chaleur initiale instantanément grâce au rayonnement chaud du mur.
En plus du confort supérieur procuré par cette méthode, avoir de l'inertie à l'intérieur de la maison permet de profiter des apports solaires : une maison bioclimatique est orientée par rapport au soleil, en hiver le soleil pénètre profondément dans la maison et cette lumière se transforme en chaleur. Si la maison n'a pas d'inertie, cette chaleur devient rapidement une surchauffe et il faut ouvrir la fenêtre en plein hiver pour évacuer le trop plein... Au contraire, des matériaux avec de l'inertie absorbent cet excédent de chaleur pour le rediffuser plus tard. Le matériau est à température ambiante lorsque le soleil vient le frapper, mais il ne peut pas se réchauffer rapidement, ce qui fait qu'il va monter en température très lentement pendant plusieurs heures, la surchauffe n'a pas lieu. Une fois le soleil masqué ou couché, le matériau ne va de nouveau mettre plusieurs heures pour devenir froid. Dans l'opération, toute l'énergie du soleil a été capturée et c'est elle qui a chauffé la maison et non la chaudière : en plus d'être confortable, cette méthode est économique. Cela marche dans l’autre sens en été : le mur restera frais et la maison ne surchauffera pas dès que la porte aura été ouverte plusieurs fois dans la journée, parce qu'il lui faudra toujours autant de temps pour changer de température.

 

La diffusion de vapeur d'eau

Si l’isolant se trouve à l’extérieur, le sandwich du mur (parement intérieur, structure, isolant, parement extérieur) est exactement dans le bon ordre pour qu’il évacue naturellement l’humidité. Les problèmes d’humidité dans une maison ne sont généralement pas issus de trop d’eau qui entre, mais de trop de vapeur d’eau qui ne peut pas sortir. Ainsi donc en construction écologique on va faire en sorte que les matériaux soient de plus en plus faciles à traverser pour l’eau qui essaye de sortir. La vapeur d’eau s’évacue sans stagner, et les moisissures ne se forment pas. De même, il n’y a nul besoin de rendre la maison étanche : ça ne veut pas dire qu’il y règne un courant froid et qu’on sent le vent quand il souffle, mais seulement qu’on n’a pas besoin de vivre dans une bouteille Thermos pour avoir chaud.
Les vêtements les plus confortables sont ceux qui « respirent », pour une maison c’est exactement pareil. Ce principe de gestion de la chaleur obéit à des lois physiques immuables et ne demande pas de système de contrôle électronique ou mécanique complexe susceptible de tomber en panne. Il fonctionne 24h/24 et ne consomme pas d’énergie pendant toute la durée de vie de la construction.

 

Le solaire passif

Dans un Fiabitat, les trois quarts des besoins de chaleur sont fournis par le soleil, sans systèmes particuliers autre que les fenêtres correctement orientées (et couplées à la gestion thermique su-cité). Le dernier quart peut être fourni par un des nombreux systèmes écologiques disponibles : chauffage au bois (poêle, chaudière, chaudière à granulés autonome, insert, cheminée), par une pompe à chaleur géosolaire, par un système solaire actif (avec des capteurs donc), un circuit de chaleur de cogénération etc. Ce ne sont pas les possibilités qui manquent. Et il ne faut pas croire que la maison est froide en hiver si le temps n’est pas ensoleillé : il est tout à fait possible de chauffer entièrement la maison grâce au soleil, et ce même dans des climats aussi peu ensoleillés que l’Angleterre. Le Fiabitat ne va pas en général jusque-là parce que cela demande de modifier quelque peu les habitudes de vie des occupants, nous proposons donc des maisons sans contraintes particulières qui consomment ¼ seulement de l’énergie que consomment les maisons conventionnelles.
Cela peut effectivement paraître incroyable mais souvenez-vous de la stratégie conventionnelle : on ne chauffe que l’air, et de surchauffe en sous-chauffe, le radiateur s’allume, s’éteint, se rallume, et pire, le soleil pose plus de problèmes qu’autre chose, donc on s’en cache... Le Fiabitat atteint donc très facilement de grande performances parce qu’il s’est affranchi des logiques aberrantes de la construction conventionnelle.

 

La gestion des eaux de pluie

La construction écologique ne se préoccupe pas que du chauffage, l'eau au également une grande importance. La gestion de l’eau dans la démarche Fiabitat est toute simple : l’eau de pluie est récupérée et utilisée pour tout ce qui ne nécessite pas d’eau potable : WC, douche, lave-vaisselle et lave-linge, arrosage. Ces besoins représentent 90% de la consommation d’eau ! Ainsi il est possible de diminuer sa facture d'eau de 90% (seulement si la pluviométrie du site le permet : pour une famille moyenne dans un pavillon, il est en général difficile de récupérer plus de 75% des ses besoins), de plus la durée de tous les appareils et de la plomberie est grandement allongée car l’eau de pluie naturellement très douce n'entartre pas : l'eau de pluie est stockée après filtration dans une cuve minérale enterrée. Au contact de la chaux elle se reminéralise etson acidité baisse, la rendant particulièrement adaptée à la plomberie et aux appareils.

Stockée à l'abri de la lumière et à température constante, l'eau ne se charge pas en algues et bactéries. C’est tout simple. La maison conventionnelle elle, a fait un autre choix : celui d’utiliser de l’eau potable même dans un lieu où elle est aussi inutile que les WC, d’arroser le jardin avec une eau désinfectée dont les plantes n’ont pas besoin, et de jeter l’eau de pluie dans un réseau qui va la mélanger avec l’eau collectée sur les routes, polluées, grasses et huileuses, qu’il va falloir traiter à grand frais. L'eau de distribution est généralement trop dure (trop de calcium et de magnésium) et entartre les canalisations et machines, contribuant à la prolifération bactérienne... Problème qui est parfois résolu par l'installation d'un adoucisseur peu efficace et polluant. C’est quand même profondément dommage de ne pas utiliser l’eau de pluie alors que la nature l’avait justement traité à notre place pour nous la donner pure.

Pour finir, l'envoi systématique de l'eau de pluie dans des canalisations d'eaux pluviales contribue à engorger inutilement les stations d'épurations et empêche le sol d'absorber les infiltrations ce qui amplifie les inondations. La citerne d'eau de pluie permet également de ne pas manquer d'eau lorsque des restrictions saisonnières sont décidées.

 

Une gestion de chantier propre

Le dernier aspect qui différencie clairement la démarche Fiabitat de la construction conventionnelle c’est le respect de l’entourage de la construction. Le chantier prendra en compte le fait que inévitablement il occasionne des nuisances pour ceux qui sont déjà dans le voisinage. Tout au long du chantier les différents acteurs sont donc attentifs à respecter des règles de propreté, de bonne conduite, de gestion des déchets et des nuisances sonores de sorte à ce que les désagréments en général soient réduits au minimum. Il peut également être organisé une consultation des occupants actuels des parcelles voisines pour leur expliquer le projet, leur demander leur avis, gérer avec eux les nuisances à venir (cette enquête permet par exemple de savoir si une personne de l’entourage travaille de nuit certains jour et donc permet d’essayer d’éviter dans le chantier à venir de faire les activités les plus bruyantes les jours concernés, ce n’est qu’un exemple). Ceci peut paraître curieux, mais cela fait aussi partie d’une démarche globale que d’essayer de tisser avec les futurs voisins des bonnes relations dès le début.

La construction conventionnelle ne se préoccupe pas des voisins (ni du site d'ailleurs), ce qui invariablement provoque des frictions, des mésententes, et parfois des conflits plus importants si le voisin utilise les outils juridiques à sa disposition pour gêner à son tour le chantier. Au final les quartiers nés d'initiatives non concertées finissent toujours par générer ou exacerber des tensions sociales. Construire écologique c'est aussi penser à cela.

 

Penser la maison pour pouvoir l'adapter aux besoins futurs

Penser à ce que va devenir la construction dans le temps permet aussi de prévoir à l'avance des transformations possibles. Prenons un exemple simple : très souvent, les jeunes couples qui construisent font le choix de ne pas aménager l'étage dès la construction pour réaliser des économies. Ensuite, leurs enfants ayant besoin de place, les combles sont aménagés : chambres et sanitaires. Mais les enfants ne vont pas s'arrêter de grandir, et quand il partent une dizaine d'années après l'aménagement des combles, ceux-ci ne servent plus à rien. Bien souvent, la conception de la maison ne permet pas de rendre ces espaces autonomes et donc de les louer comme studio par exemple. Ces combles aménagés n'auront servi que pendant une durée très courte alors qu'ils représentent un investissement financier important. En construction écologique on pense aussi à cela : quelle place pour les enfants quand il y en aura ? Que faire des espaces libérés quand ils s'en iront ? La maison sera-t-elle toujours pratique lorsque ses propriétaires seront vieux ? Et encore plus tard, que deviendront les matériaux de la maison lorsqu'elle sera démontée ? Démontée et non détruite : comme la fin de vie de la construction est prévue, il est possible de gérer la déconstruction autrement qu'avec un gros bulldozer...
La maison écologique est adaptable et peut se transformer tout au long de sa vie pour accompagner la vie de ses occupants. Ces transformations sont donc plus simples et génèrent des économies financières substantielles.

Une construction écologique c’est un ensemble de méthodes qui redonnent une cohérence à l’acte de bâtir et qui permettent de rendre infiniment plus efficaces et plus confortables les maisons. Il est évident qu’il est possible de n’utiliser que des matériaux inoffensifs pour bâtir, je n’en parle d’ailleurs presque jamais tant leur liste est longue et leurs qualités nombreuses par rapport aux laines minérales, béton, parpaings et compagnie...

 

Le bois dans la construction écologique

Prenons par exemple le bois. Il est inutile de traiter le bois contre les insectes et champignons : comme on dit dans le métier « avec un bon chapeau et des bonnes bottes, le bois dure des siècles ». Dans un passé pas si lointain, on construisait principalement en ossatures bois (qui ont donné les différentes techniques modernes).

Il existe encore de nombreuses maisons très anciennes en bois qui ont vu passer déjà quelques siècles. Nous n’en dirons pas autant de nos bétons armés. Le bois est à poids égal plus résistant que l’acier, et beaucoup plus léger. Il est plus durable, moins cher, et... résiste mieux aux incendies. En effet, ni l’acier ni le béton ne brûlent, mais ils chauffent, se dilatent, se tordent et la maison s’effondre (dans une maison en parpaings ce ne sont pas les parpaings qui la font tenir mais l’armature en béton armé). Le bois au contraire va brûler, mais lentement et en surface seulement, ce qui fait que les occupants auront beaucoup plus de temps pour sortir, et au-delà de 30 cm de section (les poutres des salles de sports par exemple) la poutre ne brûle qu’en surface et le bâtiment sera toujours debout une fois les flammes éteintes. Dans un incendie ce n’est pas la maison qui brûle mais son mobilier, ainsi ce qui se trouve dans la maison est bien plus important pour prévenir un incendie que le matériau qui constitue la structure.

 

Pour conclure

La plupart des « inconvénients » des matériaux écologiques ne sont que des préjugés et des idées fausses parfois complètement absurdes : le liège par exemple, certaines personnes craignent qu’il ne soit abîmé par l’humidité, alors qu’on s’en sert comme bouchon depuis qu’on sait faire des tonneaux ! De même on craint pour sa résistance au feu, alors que la fonction première du liège quand il est encore sur l’arbre c’est de l’isoler du feu qui est courant en région méditerranéenne... En vérité le liège, tout comme le caoutchouc naturel, est un matériau d’une perfection telle que nos productions humaines ne soutiennent pas la comparaison. Le polystyrène par exemple brûle facilement et dégage des fumées toxiques, les laines minérales ne brûlent pas mais perdent leurs qualités isolantes en présence d’eau. Et tous ces produits sont polluants pendant leur production. Le liège est antibactérien, il ne se dégrade pas dans l’eau, ne pourrit ni ne moisit, ne propage pas la flamme et ne produit pas de composés toxiques en se consumant, il ne provoque pas d’allergie et n’est pas toxique à l’ingestion. Il est incompressible et on peut faire des plaques qui s’agglomèrent avec sa seule résine. De plus, il est beau. Objectivement, il est impossible de faire mieux. Je ne prends l’exemple du liège que parce c’est le plus flagrant, mais tous les matériaux écologiques sont dans des situations comparables. A l’heure actuelle, on ne récolte même pas les 95% de la production de liège français, faute de débouchés, paraît-il, et les bouchons sont remplacés par des ersatz en plastique. Voici ce que le monde moderne fait d’un produit miraculeux : il l’ignore ou tente de l’éradiquer. Le seul défaut des matériaux écologiques c’est qu’ils ne rentrent pas dans nos processus économiques : c’est plus cher de récolter du liège en France que de produire du plastique à base de pétrole qu’on a pompé dans le Golfe Persique, sérieusement, vous y croyez, vous ?
Le seul vrai défaut du liège c’est de ne pas être disponible en grande quantité partout, mais peut-être est-ce la manière de la Nature d’essayer de nous apprendre à ne pas gaspiller ce qui est précieux ? De toute façon, il est possible de réserver le liège, le latex naturel et les autres matières naturelles exceptionnelles aux quelques endroits où elles sont indispensables et faire le reste avec des matériaux plus abondants, comme le bois, les pailles de toutes sortes, et l’argile cuite ou crue.

Une dernière anecdote : nous avons en France certains arbres qui produisent du bois naturellement résistant aux dégradations du temps, comme le chêne ou le châtaignier. Ce dernier repousse également de nombreux insectes, mais on ne l’utilise pas. Pourquoi ? Parce qu’il est difficile de le sécher dans nos grands séchoirs à pétrole industriels. Vous savez, toujours cet impérieux besoin de tout faire à toute vitesse. Donc on l’abandonne au profit de l’épicéa de Finlande qu’on va traiter à l’arsenic, au chrome et au cuivre. Il ne résistera pas aussi longtemps, empoisonnera les habitants, mais, vous comprenez, c’est plus rapide...

Du bois non-traité emballé sur une palette c'est « des matières premières de construction ». Le même bois en vrac en pleine nature ne devient pas toxique ou polluant : Il est inutile, mais de cause pas de tort. Au final, tous les matériaux utilisés dans une construction écologique ne sont en eux-mêmes que des petites portions de nature qu'on utilise momentanément pour la construction, et qui retourneront à la biosphère après nous avoir servi, une fois que la maison sera déconstruite. C'est la toute la différence avec les produits conventionnels que l'on doit traiter, trier, incinérer, stocker, surveiller... etc.

Textes et images : Fiabitat Concept