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Hors série Nouvelle république sur l'habitat écologique


Une maison en paille, comme dans les contes de fées

Fragile la maison en paille? Seulement dans les fables pour enfants !
Différente? Pas le moins du monde, une fois terminée !
Le premier de ses charmes ? La construire soi-même.
Le deuxième ? S'y sentir bien !

Il y a six ans, lorsqu'ils ont fait construire leur maison en bois à Saint-Denis-de-I'Hôtel, dans le Loiret, Christine et Vincent Brossamain avaient déjà dans l'idée de l'agrandir. L'épouse de Vincent a de la famille au Québec. « Ils adhérent à une association qui œuvre en faveur de l'écologie. Rien à voir avec des farfelus, ni des hippies ou une secte ! ce sont des scientifiques qui testent, grandeur nature, les atouts offerts par l'emploi de matériaux naturels en matière de construction. » Un hameau écologique a ainsi vu le jour pour prouver qu'il est tout-à-fait possible de vivre au XXeme siècle en totale autonomie au niveau de l'énergie, et, bien sûr, en disposant de tout le confort moderne. « Il y a quatre ans, nous y avons passé cinq semaines. Et pendant notre séjour ; nous avons participé à la construction d'une maison en paille. »


150 ballots de paille ont été nécessaires pour la réalisation de l'extension.

Le couple est revenu convaincu. L'extension de leur maison, c'est en paille qu'ils la réaliseront eux-mêmes ! « En matière d'autoconstruction, certains principes sont à respecter. Avoir à ses c6tés quelques personnes qui connaissent la technique est important. Mais même pour celles qui n'ont pas de connaissances et qui veulent aider; il y a du travail. Il n'y a pas de gros matériels à déplacer. Je n'irais pas jusqu'à dire que l'autoconstruction, c'est facile, mais plutôt que ce n'est pas trop compliqué dès que l'on a l'âme d'un bricoleur averti. » L'extension est aujourd'hui réalisée. Cent mètre carrés sur deux niveaux ont été ajoutés à la structure bois initiale, sur le principe d'une double ossature bois à l'intérieur de laquelle des ballots de paille ont été glissés. «La paille de seigle serait plus isolante, mais celle de blé convient également. Il est important que la paille soit bien compressée pour emprisonner le moins d'air possible, de façon à résister au feu en cas d'incendie. » Des tests ont été réalisés, ils démontrent qu'un mur en paille bien fait ne s'enflamme pas. « Il peut, au pire, se carboniser sur une épaisseur de 8 cm. La chaleur à l'intérieur n'augmente pas plus de 10.»

Une extension de 100m² pour moins de 15000 euros

Un coffrage en bois est mis en place autour du mur de paille. « Les ballots se trouvent enfermés dans un sarcophage qui les isole de l'humidité, des insectes, des rongeurs. Un enduit extérieur de finition à la chaux est ensuite réalisé. Au Québec, dans le hameau test les maisons les plus anciennes ont dix ans. Elles sont impeccables. Au bout de cinq à six ans, l'état des murs a été vérifié: les ballots étaient comme neufs. Dans d'autres régions, certaines maisons ont 150 ans. »

Située sur une zone pavillonnaire constituée de terrains de 2.000 à 5.000 m2, la maison de Christine et Vincent ne se distingue pas des autres. « Mais quand les 150 ballots de paille nécessaires m'ont été livrés, les voisins ont regardé cet arrivage d'un air étonné. Comme vecteur d'échanges et de communication, le ballot de paille est parfait ! J'imagine qu'au départ ils ont douté, mais maintenant, plus personne ne fait la différence.» Sauf Vincent, quand il fait ses comptes. Cette extension de 100 m2 sur deux niveaux lui est revenue à moins de 15.000 euros. « Entre un peu plus de 10.000 et moins de 15.000 euros pour étre exact. » la paille n'est pas la seule originalité de cette maison. Ces 165 m2 habitables sont également chauffés par un seul et unique poêle, mais de taille. Normal, c'est un poêle de masse que Gabriel Callender, un professionnel et ami du couple, est venu réaliser en France sur mesure. « Il ne travaille que comme cela. C'est un artiste. Quant aux kilomètres, ils ne l'arrêtent pas, surtout en période hivernale. »

Pour chauffer sa maison, Vincent fait un feu (violent) par jour ou par 36 heures. «C'est le rayonnement du poêle qui maintient la température intérieure ensuite pendant 24 heures. La corvée de bois s'en trouve limitée ! » Au Québec, avec -40., douze stères de bois suffisent pour un hiver. « Ici, je compte entre trois et six stères, soit une dépense de 150 à 230 € par an. » l'investissement, un peu plus important qu'un chauffage classique, ne compte pas en revanche le nombre d'atouts attractifs de ce
type de chauffage : un ramonage tous les cinq à dix ans suffit, le poêle est garanti à vie, il est doté d'un four à pain, il est possible d'adapter un système pour obtenir de l'eau chaude à volonté et enfin le poêle est doté d'un banc tiède sur lequel il est toujours agréable de se détendre. « Des arguments qui parlent à tous. Car même si les gens n'ont pas la fibre écologique, ils ont la fibre économique ! »


Un poêle de masse installé chez Christine et Vincent a été réalisé sur mesure
selon une technique québéquoise.

Contact: si vous êtes intéressé pour en savoir plus sur les poiles de masse québécois et l'autoconstruction, Vincent Brossamain est prêt à vous répondre.
Tél. 02.38.46.22.93.

Cette paille qui solidarise les gens
C'est Christine, l'épouse de Vincent Brossamain, qui cette fois, parle de sa maison en paille. Ce que je trouve de génial dans ce type de construction, c'est son coté social. Ma mère, qui n'est pas bricoleuse, est passée pendant les travaux. Nous lui avons donné un marteau et elle a planté des clous. Un voisin est venu aider à porter les ballots, un autre les seaux de chaux... Les enfants peuvent eux aussi participer.
C'est vraiment une construction à la portée de tout le monde (en dehors de ceului qui coordonne les travaux bien sur). Des paires de gants, je ne sais plus comben j'en ai acheté ! Car au moins une cinquantaire de personnes, en visite à un moment ou un autre, ont apporté leur pierre à l'édifice." Enfin plutôt leur brin de paille.!
"Une ambiance de village se créé autour de la maison en construction. Il y a comme un vent d'entraide et de solidarité qui souffle. Autour d'une construction traditionnelle, vous n'avez pas ça."
L'extension de la maison de Christine et Vincent a été réalisée en un mois et demi. Une grande fête a eu lieu. Tous ceux qui ont participé à son édification étaient là !

Annette Fluneau