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    Accueil -> Société -> Articles de presse -> Une autre démarche

    Hors série Nouvelle république sur l'habitat écologique


    Une autre démarche

    Pour construire écologique, il n'y a pas que les matériaux qu'il faut changer, mais toute la démarche qui y conduit. Tour d'horizon avec Frédéric Loyau et Ugo Degrigny, concepteurs de maisons écologiques à Neung sur Beuvron.

    Comment définir la maison écologique : « Une construction qui prend en compte trois points: ne pas être polluante pour la planète; être bioclimatique, c'est-à-dire récupérer la chaleur du soleil l'hiver et conserver la fraîcheur l'été ; et enfin être non toxique pour les habitants qui vivent dedans », définit Ugo Degrigny, du bureau d'études Fiabitat Concept. Cette perfection existe-t-elle ? « Oui, mais peu de maisons conjuguent les trois. Beaucoup sont saines, mais pas forcément bioclimatiques, ou bioclimatiques mais pas forcément écologiques. »

    Une bonne orientation avant tout.

    A l'image des habitations de nos ancêtres, la maison écologique tient compte du site sur lequel elle sera implantée. Est-il adapté, ne réserve-t-il pas des déboires futurs ? Autant de questions qu'il est important de se poser... avant! « Elles relèvent de la simple logique. » De nos jours, l'orientation de la maison ne figure que peu souvent au rang des priorités. Quelle erreur ! la bioclimatisation prend en compte le site, les vents dominants, l'orientation de la maison par rapport au soleil, l'environnement végétal, la nature des matériaux de construction (à forte inertie) et l'isolation qui les accompagne, placée à l'extérieur pour être efficace. « L'hiver, pour avoir chaud, votre manteau vous le mettez sur vous, et non dans vous? Pour la maison, c'est pareil ! » l'isolation permet ainsi aux murs de rester chauds. Cela s'appelle l'inertie, source de confort intérieur. Bien orientée, la maison écologique voit ainsi les trois quarts de ses besoins de chaleur fournis par ce seul astre en hiver. Et à l'inverse, elle restera fraiche en été. "Ce que nos ancêtres ne connaissaient pas ou utilisaient peu, contrairement à la maison écologique moderne, ce sont les surfaces vitrées. Mais ils avaient inventé bien avant nous l'isolation thermique des maisons, l'isolation acoustique et utilisaient de façon rationnelle les apports solaires. »


    Frédéric Loyau (à gauche) et Ugo Degrigny (à droite)
    du bureau d'études Fiabitat Concept

    Quand le naturel revient au galop

    Non polluante, bioclimatique et non toxique, c'est la définition de la maison écologique. Pour cela l'emploi de matériaux naturels s'impose. logique ! le gros œuvre sera donc constitué d'une structure porteuse en bois non traité. " Le traitement du bois est apparu après la première guerre mondiale. Avant, les artisans choisissaient avec soin le type de bois en fonction de l'usage donné à la construction. Exemple du résineux, léger et résistant, pour réaliser les charpentes abritées; mais il lui sera préféré du chêne ou du chataignier pour les structures exposées aux intempéries (préau). » Pour les murs, la pierre, matériau naturel, peut être employée mais elle n'est pas recyclable, contrairement à la terre cuite ou crue. « La brique en terre cuite (avec maçonnerie roulée) se pose comme un parpaing, beaucoup plus vite même! De plus, elle présente la grande particularité d'être auto-isolante. Comme la brique en terre crue, elle peut tout-à-fait retourner à son milieu naturel si la maison est détruite. » Imperméable à l'eau, mais perméable à la vapeur d'eau, ce type de matériau n'engendre pas de condensation, ni de moisissure, contrairement aux matériaux conventionnels. "Certains également osent un matériau inhabituel : le ballot de paille !"
    le choix des matériaux d'isolation se fera en fonction de leur origine, essentiellement animale (laine de mouton) ou végétale (paille, lin, chanvre, bois, liège, coco, coton). " La ouate de cellulose (papier recyclé) peut également être employée », complète Frédéric loyau, l'autre. tête pensante du bureau d'études. "Ils ne présentent que des avantages et surtout celui de ne pas être toxiques. » Pourquoi diable ne les a-t-on pas utilisés plus tôt ? "Au début du siècle précédent, les constructions n'étaient pas isolées. Lorsque l'isolation a été préconisée dans le cadre des économies d'énergie, la production de fibres de synthèse isolantes a relégué au placard les fibres naturelles qui existaient déjà. Mais comme leur emploi se fait dans certaines conditions, et que ce savoir faire avait disparu lui aussi, l'usage des isolants industriels est passé dans les normes. De nos jours, la majorité des artisans ne sait poser que ceux-là. »

    Contact: Fiabitat Concept à Neung-surBeuvron -
    Tél-Fax: 02.54.94.62.10. E-mail: be@fiabitat.com

    Quels types de chauffage ?
    Chauffe-eau et chauffage solaire conviennent parfaitement à la construction écologique, ainsi que le chauffage aux granulés de bois. "dans les maisons écologiques au maximum, un chauffage unique, de type poêle de masse, suffit."

    Pourquoi récupérer l'eau de pluie ?
    Le chauffage n'est pas la seule préoccupation en matière de construction écologique. L'eau est toute aussi importante, c'est pourquoi l'eau de pluie est récupérée. "Elle est utilisée pour tout ce qui ne nécessite pas d'eau potable, comme les toilettes, le lave linge ou l'arrosage. Il est ainsi possible d'économiser 90% de sa facture d'eau ! L'eau de pluie n'entartrant pas, la durée de vie des appareils et de la plomberie s'en trouve également prolongée." Le stockage : "Dans une cuve minérale enterrée, après filtration. Au contact de la chaux, l'eau se reminéralise et son acidité baisse. Stockée à l'abri de la lumière et à température constante, l'eau ne se charge pas en algues et bactéries."

    Construire écologique, c'est aussi penser à son voisinage.
    Ne pas créer de nuisances sonores, être attentifs à respecter des règles de propreté, de bonne conduite, comme à la gestion des déchets. Cela fait aussi partie de la construction écologique. "Pour nous, construire écologique, c'est aussi penser à l'entourage de la construction", affirment Frédéric et Ugo. Une formule qui peut présenter l'avantage de ne pas engendrer, d'entrée de jeu, des tensions de voisinage !

    Plus ou moins chère ?
    Frédéric Loyau et Ugo Degrigny ont établi un comparatif de couts de construction et de fonctionnement entre un pavillon conventionnel et un pavillon écologique réalisé sous leur contrôle. En matériaux de construction, le pavillon écologique revient plus cher de 3.251 €. En équipements (sauf pour le chauffage), de plus de 7.094 €. Mais la ou la tendance s'inverse, c'est en matière de fonctionnement. La dépense chauffage est divisée par 6 (2.144 € pour le pavillon écologique contre 13.740 € pour le conventionnel). La facture d'eau du réseau est divisée par presque 18 (768 € contre 14.400 €) celle d'électricité par deux (6310 € contre 12.621 €), comme celle de l'entretien (15.500 € contre 30.244 €). Au final, une construction écologique revient à 824 € par an contre 2.366 € en conventionnel. "Avec un seuil de rentabilité atteint au bout de 6-7 ans". Convaincant !

    Concevoir : ca coûte cher ?
    "Cher par rapport à quoi ? Nos frais de conception correspondent à 6% du coût de la maison. Un taux identique à ceux des autres professionnels. Effectivement, par rapport à une conception sans concepteur, c'est plus cher. Mais dans le cas contraire, vous avez une maison sur mesure ! Quant aux pavillonneurs, même s'ils ne l'affichent pas ouvertement, ces frais sont inclus dans le coût du pavillon proposé." Conception en matière de construction, mais également de rénovation. " C'est presque dans ce domaine que l'intervention de concepteurs est indispensable..." Avant tout démarrage de travaux ! En France, la démarche via un architecte ou un concepteur n'est pas entrée dans les moeurs. "Ce qui aboutit dans la majorité des cas à des catastrophes ou des pertes de valeur sur le bâti." Dommage !

    Annette Fluneau

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