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À vingt ans, créateurs d'entreprise -Oct2003-
Quoi de Neuf ? Mensuel diffusé dans le loir et cher
Les deux jeunes créateurs d'un bureau d'études spécialisé
dans la conception de bâtiments écologiques, Fiabitat
Concept, ont franchi le pas dès leurs études achevées.
Existe-t-il une fibre de la création d'entreprise ? Peut-être.
Mais dans tous les cas un parcours singulier, une bonne dose de talent
et de culot, et surtout beaucoup de passion.
Durabilité, qualité et économie sont les arguments
commerciaux d'un nouveau concept de construction importé des
pays scandinaves. Frédéric et Ugo sont en avance sur
leur temps bien sûr, puisque l'avenir leur appartient.

Fiabitat est une société spécialisée dans
la conception de bâtiments écologiques et le conseil
en économies d'energie. Sur les deux clichés infrarouge,
le document du haut révèle une maison très mal
isolée. Sur le cliché du bas, seules les portes et fenêtres
indiquent une déperdition de chaleur.
Frédéric Loyau et Ugo Degrigny ont passé leur Bac STI (sciences et techniques industrielles) option génie civil, ensemble, au lycée Gaudier-Brzeska de Saint-Jean-de-Braye. Suite logique, c'est encore ensemble qu'ils se sont retrouvés sur les bancs de l'IUT de Rennes (institut universitaire technologique) pour préparer un DUT (diplôme universitaire technologique) de génie civil. Moins logique, mais toujours ensemble, ils décident d'abandonner leurs études à la fin de la première année. Leur témoignage, même assaisonné d'un soupçon de partialité propre à la fougue de la jeunesse, a le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal : le décalage entre les discours valorisant l'enseignement technologique et la réalité sur le terrain. "Seuls ceux qui venaient de "S" (la filière scientifique du Bac d'enseignement général) arrivaient à s'en sortir. D'un seul coup, nous avons eu l'impression de nous retrouver sur les bancs d'une fac de math sup. ! Nous n'avions pas été préparé à cela et nous avions beaucoup de mal dans les matières d'enseignement général. Contrairement à nos camarades des filières scientifiques qui ne connaissaient rien au bâtiment, nos connaissances techniques étaient importantes. Mais nous étions loin de nous douter qu'elles ne nous serviraient à rien. La première année, c'est des maths, de la physique et rien d'autre. C'est juste pour écrémer. Les places de techniciens supérieurs, c'est bien avant l'entrée en DUT qu'elles se jouent." Ugo répond de concert à son ami Frédéric : "Ce n'est pas le genre de philosophie qui nous convient vraiment. Aujourd'hui, c'est presque automatique d'embaucher des ingénieurs pour occuper des postes de chefs de chantier. Dans quelques années, il n'y aura plus de niveau BTS (brevet de technicien supérieur) pour occuper cette fonction, c'est ce que j'appelle la systématisation du diplôme. On refoule ceux qui ont acquis des compétences professionnelles dès le lycée !"
Dégoûtés mais pas découragés, et surtout loin d'être stupides, les deux jeunes gens entament un processus de réorientation. Frédéric repart en BTS travaux publics (celui-là même qui prépare au métier de chef de chantier). Ugo passe un CFP de menuisier (certificat de formation professionnelle, un CAP d'équivalence européenne). La suite appartient à Frédéric : "Pendant ma dernière année de BTS, on est venu nous proposer de participer à un concours pédagogique de création d'entreprise organisé par Orléans Technopole. Quand on commence à faire des études, on ne pense pas à se mettre à son compte. D'ailleurs, très peu étaient intéressés puisque sur un campus de 30 000 étudiants seuls une trentaine se sont inscrits." L'acte de naissance de Fiabitat Concept était signé. Le nom de l'entreprise n'a d'ailleurs pas changé depuis cette date. Frédéric et Ugo avaient-ils déjà caressé ce rêve sur les bancs d'une université qui ne reconnaissait pas leurs compétences ? Les deux amis se réunissent à nouveau et c'est toujours ensemble qu'ils montent leur dossier et gagnent ce concours doté d'un prix de 3 000 euros. La suite de l'aventure leur permettait de passer de la théorie à la pratique en participant au projet "Déclic entreprise", organisé par Orléans Technopole et la communauté d'agglomération, un concours réservé à ceux qui souhaitent réellement concrétiser leur projet d'entreprise. La remise des prix a eu lieu au mois de juin dernier. Sur cinq participants, notre duo terminait deuxième. Une place logique, le vainqueur, contrairement au projet Fiabitat Concept, était une entreprise quasiment constituée ; elle avait déjà contracté avec ses futurs clients.
Fiabitat Concept est un bureau d'études anti-maisons clones spécialisé dans la conception de bâtiments écologiques et le conseil en économie d'énergie. Cette autre manière de concevoir l'habitat s'appuie sur des méthodes de construction antérieures aux années cinquante, remises au goût du jour selon des techniques déjà largement éprouvées dans les pays scandinaves et, depuis peu, outre-Rhin. Chaque projet est unique bien sûr, conçu en fonction du contexte environnemental particulier qui accueillera la future maison. Il s'agit de privilégier l'habitat écologique, puisque tous les matériaux sélectionnés sont recyclables ou renouvelables selon les normes en vigueur. On privilégie l'ossature bois, puis pour la maçonnerie : la brique mono-mur (qui fait un tabac actuellement en Allemagne), les briques de terre cuite, et même les parpaings de paille. Côté isolation, on utilisera la laine végétale (lin, chanvre, et aussi la laine de noix de coco, la laine de mouton !) et toutes les sortes de pailles. Certes, le pouvoir isolant de ces "néo-vieux" matériaux est un peu moins bon que les isolants issus de l'industrie pétrochimique (on comble le déficit par une plus grande épaisseur pour atteindre le même confort). Mais, Frédéric et Ugo affûtent leurs arguments : "Leur énorme avantage, c'est qu'ils sont naturellement bien plus résistants à l'humidité." Nul besoin d'installer de pare-vapeur pour éviter que la laine de verre ne soit trempée. Les matériaux traditionnels sont des absorbants naturels d'humidité qu'ils relâchent vers l'extérieur en vous faisant faire l'économie de l'installation d'un système de ventilation. Ces matériaux sont tous homologués, ou en cours d'homologation pour les plus novateurs. Et enfin, pour la couverture, point de tuiles bituminées, mais de la bonne vieille tuile de Sologne, cuites ou crues. (nd : ne cherchez pas des tuiles crues dans le commerce, ca n'existe pas ;) )
Certes, les préoccupations écologiques sont à la mode, mais suffiront-elles à nous convaincre de construire une maison de paille ? "Nous souffrons du syndrome des "trois petits cochons" qui véhicule dans l'imagerie populaire l'idée de la fragilité. Ce qui est totalement faux. Et en plus, saviez-vous qu'il est prouvé que ces nouveaux matériaux résistent mieux au feu ?" Quant une structure métallique va s'écrouler sous l'effet de la chaleur (la conclusion de l'indéfinissable drame des twin towers), les parpaings de paille stoppent les conséquences d'un éventuel incendie, ceci grâce à l'enduit à la chaux qui consolide la maçonnerie. Si vous vous posez des questions sur les maisons à ossature bois, sachez qu'on ne fait que ça aux États-Unis. En Allemagne, il y a plus de maisons construites en brique qu'en parpaings de ciment, dixit nos deux amis. Et pour poursuivre dans le franc parler qui caractérise la conscience sociale d'une jeunesse révoltée par les conséquences des actes de leurs aînés : "N'oublions pas qu'il y a 80 ans que l'on sait que l'amiante est un produit dangereux. Seulement le confort des propriétaires était jugé plus important à l'époque que la vie des mineurs qui allaient chercher ce matériau ! La laine de verre, à l'instar de l'amiante, est un isolant minéral. Pourquoi croyez-vous que l'on impose désormais aux ouvriers qui la pose de porter masques et gants ? Parce que ce ne sont pas les experts mais Saint-Gobain qui fait l'opinion !" Et d'argumenter sur l'utilisation de matériaux sains qui préservent la bonne santé de tous, évitant notamment asthmes et allergies. L'air que vous respirez chez vous n'est pas contrôlé et pourtant, il pullulerait de résidus de solvants, microfibres minérales, radon

Si le nerf de la guerre reste l'argent, sachez qu'une maison Fiabitat vous coûtera de 5 à 15% plus chère qu'une maison traditionnelle. Les matières premières sont assez largement plus onéreuses. Mais le plaisir de vivre dans une maison conçue avec des matériaux nobles, sains et solide, est limité dans la sur-dépense par les économies de main d'uvre qui sont faites à la construction. Déjà, vous faites l'économie des frais d'installation de systèmes de ventilation, précédemment évoqué. Un autre exemple : pas besoin de rajouter un isolant derrière un parpaing de brique ou de paille, puisque le matériau est lui-même isolant. Du côté des économies d'énergie, les deux créateurs d'entreprise avancent trois fois moins de frais de chauffage par an. De plus, la conception de bâtiments écologiques ne s'arrête pas à l'intégration dans l'environnement et à l'utilisation des matériaux. Entre autres techniques privilégiées par Fiabitat : la récupération de l'eau de pluie, filtrée et distribuée par un branchement parallèle pour toutes consommations qui n'imposent pas l'utilisation de l'eau potable : boisson et cuisine qui ne représentent que 3% de notre consommation totale en moyenne (en Suède, il faut une autorisation spéciale pour utiliser un WC branché sur le réseau d'eau potable !!!) Au final, le surcoût est amorti en quatre ans, annoncent-ils. C'est-à-dire qu'au-delà de cette échéance, nous commencerions carrément à gagner de l'argent. Et encore, nous ne vous avons pas parlé des frais d'entretien et de maintenance qui seraient bien moindre pour une construction Fiabitat. "Aujourd'hui, combien sont-ils à être alarmés par des fenêtres qui ne ferment plus, des murs qui se fissurent C'est bien normal. Pourquoi prendre des risques au-delà de la garantie décennale ? On voit n'importe quoi actuellement. Même des maisons qui sont construites alors qu'il est impossible qu'elles tiennent encore debout dans 10 ans. De toute façon le promoteur s'en fiche. D'ici cette date il sait qu'il aura déposé son bilan".
Une maison Fiabitat garantirait une tranquillité et un confort absolu bien au-delà du demi siècle d'existence. Frédéric et Ugo, à défaut de l'utiliser, ont des arguments commerciaux "en béton" ! Ce subtil pouvoir de persuasion où intelligence, connaissances techniques et certitudes passionnées se conjuguent.
Reste à importer dans notre pays cet héritage du pragmatisme nordique. Une fois le concept entré dans les murs, le tandem fourmille d'idées nouvelles. Certaines relèvent du secret jalousement gardé. Bonne chance à eux dans la réussite de leur entreprise.
Didier Morazin
La jeune équipe cherchait un local pour y installer son bureau d'études. Elle a trouvé dans l'Écoparc de Sologne à Neung-sur-Beuvron un cadre environnemental qui convenait aux valeurs véhiculées par Fiabitat Concept. Difficile dans un vieux préfabriqué de vendre des maisons soignées au niveau environnemental ! Un bonheur n'arrivant jamais seul, une pépinière d'entreprises est un cadre idéal pour démarrer une telle activité. Statutairement, les entreprises en développement accueillies avantageusement doivent préparer leur déménagement. La plupart choisissent d'investir de nouveaux locaux personnalisés sur place : "Écoparc va faire construire prochainement de nouveaux bâtiments industriels avec des clauses environnementales qui sont précisément celles que nous défendons. Nous ne manquerons pas de postuler à l'appel d'offres pour lequel nous serons idéalement placés." Plusieurs entreprises ou associations qui occupent la pépinière oeuvrent déjà dans le domaine environnemental : B + Home (matériels de traitement de l'eau), Graine Centre (formation des acteurs de l'éducation à l'environnement). S'agirait-il des prémices de la constitution d'un pôle spécialisé dans les métiers de l'environnement à Neung-sur-Beuvron ?
Ce n'est pas l'incontournable statut de société à responsabilité limitée qu'ont choisit les deux jeunes gens pour démarrer leur activité puisqu'ils ont décidé de constituer une SCOP (société coopérative ouvrière de production). Très répandue après guerre, désuète aujourd'hui, voire décriée, car on l'accuse d'entraîner l'immobilisme si l'entreprise traverse une période de difficultés, une SCOP est une société à capital variable s'appuyant sur ses salariés actionnaires. Elle interdit statutairement à l'un ou l'autre salarié, ou groupe d'intérêt, de détenir la majorité, voire un pourcentage du capital fixé par les statuts. Un tel système rendant impossible la prise de contrôle de l'entreprise par une augmentation de capital extérieur aux salariés, ce sont les bénéfices qui abondent le capital en fonction des besoins.